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Avocats9 min21 juillet 2026

Panne informatique dans un cabinet d'avocats : préserver les échéances et la continuité

Panne un jour d'échéance de procédure : ce que prévoient les articles 748-7 et 930-1 du CPC, comment garder l'accès au dossier et documenter l'indisponibilité.

Le Code de procédure civile a prévu le cas où la transmission électronique ne passe pas. L'article 748-7 dispose que, lorsqu'un acte doit être accompli avant l'expiration d'un délai et ne peut être transmis par voie électronique le dernier jour de ce délai pour une cause étrangère à celui qui l'accomplit, le délai est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant. En appel avec représentation obligatoire, l'article 930-1 ajoute une voie de secours : lorsqu'un acte ne peut être transmis par voie électronique pour une cause étrangère à celui qui l'accomplit, il est établi sur support papier et remis au greffe, ou lui est adressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception.

Ces deux textes disent la même chose sous deux angles : le Code de procédure civile prévoit cette situation, mais il l'assortit d'une condition, la cause étrangère, et suppose de documenter l'incident et de basculer à temps sur la voie de secours. Autrement dit, l'indisponibilité de vos outils touche directement l'exercice procédural, et ce n'est pas l'informatique seule qui vous protège ce jour-là, c'est ce que vous avez préparé avant.

Ce que cela veut dire dans le quotidien du cabinet

En pratique, dans un cabinet, une partie de l'activité passe par des canaux dont vous ne maîtrisez pas seul la disponibilité : le RPVA pour les échanges avec les juridictions, e-Barreau pour le suivi des procédures, votre logiciel de gestion qui héberge les dossiers, qu'il s'agisse de Secib, Kleos ou Jarvis. Le jour où vous devez déposer une déclaration d'appel, transmettre des conclusions ou signifier des pièces dans un délai qui expire, la chaîne qui va de votre poste jusqu'au greffe doit tenir de bout en bout.

Or cette chaîne comporte plusieurs maillons : votre poste, la connexion du bureau, l'accès distant si vous n'êtes pas sur place, la plateforme elle-même, puis le greffe destinataire. Une panne, ce n'est pas forcément un incendie : une box qui ne rétablit pas la ligne, un certificat RPVA expiré, un serveur du cabinet inaccessible, une coupure chez l'hébergeur de votre logiciel. Chacun de ces incidents peut, à lui seul, vous empêcher de transmettre le dernier jour.

Et la difficulté n'est pas seulement de transmettre. C'est aussi de continuer à travailler : consulter le dossier, retrouver la pièce, vérifier la date d'audience pendant que l'incident dure. Une panne qui vous coupe l'accès à vos propres dossiers vous met en difficulté même si le délai, lui, n'expire pas ce jour-là.

Ce qui peut céder entre votre poste et le greffe

Trois risques reviennent quand la continuité d'un cabinet n'est préparée par personne.

  • L'indisponibilité au mauvais moment : ne plus pouvoir transmettre un acte le jour où le délai expire, ou ne plus pouvoir ouvrir le dossier au moment où vous en avez besoin.
  • La perte d'accès au dossier : quand tout dépend d'un seul poste ou d'un seul lien, l'incident sur ce maillon vous prive de la matière même du travail, pas seulement du canal de dépôt.
  • La perte de traçabilité de la tentative : ne pas pouvoir montrer que vous avez essayé de transmettre, à quelle heure, et que cela n'a pas fonctionné. Or c'est précisément ce qui documente une cause étrangère.

Ce troisième point est le plus souvent négligé. La prorogation de l'article 748-7 et la voie papier de l'article 930-1 supposent toutes deux une cause étrangère, c'est-à-dire un empêchement qui ne vous est pas imputable. Encore faut-il des éléments pour l'établir. Une capture d'écran d'erreur, un horodatage, un ticket d'incident chez l'hébergeur, un journal de connexion : ces éléments techniques documentent l'incident et l'impossibilité de transmettre. Ils ne prouvent pas à eux seuls la cause étrangère, qui reste une qualification juridique, mais ils font la différence entre un incident subi et un incident documenté sur lequel votre appréciation peut s'appuyer.

Sept questions à passer à froid

Ces questions n'exigent aucune compétence technique. Leurs réponses disent où vous en êtes, sans qu'il soit besoin d'attendre le jour de l'incident pour le découvrir.

  • Si votre bureau est coupé aujourd'hui, pouvez-vous consulter un dossier et transmettre un acte depuis un autre poste ou depuis chez vous ?
  • Avez-vous un poste ou un moyen de secours capable d'accéder au RPVA et à e-Barreau, avec un certificat valide et à jour ?
  • Sauriez-vous, en cas d'échec de transmission, conserver une preuve datée de la tentative et de l'erreur ?
  • Savez-vous qui appeler en cas de panne, et en combien de temps cette personne peut intervenir ?
  • La procédure papier de secours de l'article 930-1 est-elle connue au cabinet : qui l'établit, où l'apporter, dans quel délai ?
  • Vos dossiers restent-ils accessibles si votre logiciel de gestion ou son hébergeur est indisponible ?
  • Une coupure de connexion vous laisse-t-elle un canal de repli, par exemple un partage réseau mobile ?

D'expérience, je recommande de traiter ces questions à froid, une par une, plutôt que d'attendre de les affronter un jour d'échéance. La plupart trouvent une réponse simple une fois qu'on s'y attelle sans urgence.

Où s'arrête mon rôle, où commence le vôtre

C'est une limite que je tiens à poser clairement, parce qu'elle vous protège. Je mets en place et j'exploite les moyens techniques : la redondance de la chaîne, l'accès distant, le poste de secours, la journalisation qui permet d'horodater et de documenter une indisponibilité. En cas d'incident, je vous fournis vite et proprement les éléments techniques : ce qui est tombé, à quelle heure, ce qui a été tenté, et les preuves associées.

Ce que je ne fais pas, et ne dois pas faire : apprécier si l'incident constitue une cause étrangère au sens des articles 748-7 et 930-1, décider d'invoquer la prorogation du délai ou de basculer sur le dépôt papier, rédiger et produire l'acte de secours. Cette qualification et cette décision relèvent de votre appréciation d'avocat, au regard de la jurisprudence et de votre dossier. Mon travail est de vous donner les éléments pour décider, pas de décider à votre place.

Une procédure de secours qui tient sur une page

Le jour de l'incident n'est pas le moment de l'inventer. Voici la trame que je laisse au cabinet, à afficher près des postes, adaptée à chaque configuration. Elle sépare le geste technique, que je prépare, de la décision procédurale, qui reste à l'avocat.

1. Constater et horodater. Noter l'heure, capturer le message d'erreur, ouvrir un ticket auprès du support de la plateforme ou de l'hébergeur. Objectif : produire la preuve pendant que l'incident dure, pas la reconstituer après.

2. Basculer sur le moyen de secours. Reprendre depuis un second poste, un accès distant ou une connexion de repli avec un certificat RPVA à jour. Vérifier si la transmission passe par ce chemin.

3. Alerter le référent technique. Un numéro, un nom, un délai d'intervention connu à l'avance, plutôt qu'une recherche dans l'urgence.

4. Conserver les éléments. Regrouper captures, journaux et tickets dans un même endroit daté, prêts à être produits.

5. Décider de la suite procédurale. Invoquer la prorogation de l'article 748-7, basculer sur le dépôt papier de l'article 930-1 : cette décision, et la qualification de cause étrangère, restent entre vos mains.

Les quatre premiers points sont des gestes techniques que je prépare et documente. Le cinquième est une décision d'avocat, et il le reste.

Ce que la continuité vous fait gagner

Recadrée sans jargon, la continuité se traduit en trois termes que vous connaissez.

Du temps, d'abord : un incident préparé se règle en repli, pas en panique. Le poste de secours, l'accès distant et la preuve d'indisponibilité sont là quand il faut, et vous n'improvisez pas un jour d'échéance.

De l'argent, ensuite : une échéance manquée n'est pas seulement un désagrément, elle peut engager une responsabilité, mobiliser du temps de rattrapage, et abîmer la relation avec un client. Le coût d'une préparation raisonnable reste sans commune mesure avec celui d'un dossier compromis.

De la responsabilité, enfin : documenter une cause étrangère, c'est vous donner les moyens de défendre votre position si elle est contestée. Vous restez maître de la décision juridique, mais vous la prenez avec des éléments solides plutôt qu'avec des souvenirs.

Sur la question de l'hébergement, un mot en fin de parcours : une fois la continuité assurée, choisir où vivent vos données, sous votre contrôle et en France, devient une étape possible. C'est une destination, pas un préalable, et la continuité passe avant.

Par où commencer

Je ne vends pas un audit qui prétendrait révéler « exactement où sont vos failles » en une heure : ce serait une promesse que la durée ne permet pas de tenir. Ce qui est utile, c'est de commencer par un point précis et vérifiable : une cartographie de votre continuité, ou une revue de la chaîne qui va de votre poste à l'accès distant et au dépôt. On identifie les maillons sans plan B, on met en place un repli, et vous en tirez une décision concrète.

Écrivez-moi la question de la grille ci-dessus qui vous laisse le plus incertain, et je vous dis par quoi il serait raisonnable de commencer.

Questions fréquentes

Une panne informatique me dispense-t-elle automatiquement du respect du délai ?

Non. Les articles 748-7 et 930-1 subordonnent la prorogation et le dépôt papier à une cause étrangère à celui qui accomplit l'acte, c'est-à-dire un empêchement qui ne vous est pas imputable. Une panne ne joue donc que si elle remplit cette condition, et c'est à vous de l'apprécier au regard de votre situation.

Qui apprécie si l'incident est bien une cause étrangère ?

C'est une question juridique, appréciée in fine par la juridiction au regard de la jurisprudence. Mon rôle se limite à fournir les éléments techniques qui documentent l'indisponibilité : horodatage, messages d'erreur, tickets d'incident. La qualification, elle, reste la vôtre.

Faut-il un poste de secours dédié rien que pour ça ?

Pas nécessairement un poste dédié inutilisé. D'expérience, je recommande plutôt qu'un second moyen d'accès existe et soit vérifié : un autre poste, un accès distant fonctionnel, un certificat RPVA à jour ailleurs que sur la seule machine habituelle. L'objectif est qu'un incident sur un maillon ne vous laisse pas sans issue.

Comment prouver que la transmission n'a pas fonctionné ?

Par des éléments datés : captures des messages d'erreur, journaux de connexion, tickets ouverts auprès de l'hébergeur ou du support de la plateforme. Ces éléments se préparent en amont, en s'assurant qu'ils sont bien produits et conservés, plutôt que reconstitués après coup.

Sources

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