Le Ségur du numérique en santé, piloté par l'Agence du numérique en santé, référence les logiciels métiers qui intègrent un socle de services : l'identité nationale de santé (INS), la compatibilité avec le DMP et Mon espace santé, la messagerie sécurisée MSSanté, l'e-prescription et l'application Carte Vitale. Un logiciel « référencé Ségur » est celui dont l'éditeur a fait vérifier par l'ANS qu'il respecte ces exigences, pour une version et un dispositif précis. En parallèle, une part de votre rémunération dépend de l'usage effectif de ces services : la dotation numérique (Donum), qui remplace le forfait structure depuis le 1er janvier 2026, rémunère des indicateurs d'équipement et d'usage définis par l'Assurance Maladie, comme alimenter le DMP, échanger via MSSanté ou prescrire au format numérique. Utiliser une version référencée en est l'un des prérequis techniques ; le versement, lui, dépend ensuite des indicateurs applicables à votre profession et des usages effectivement constatés.
Pour un cabinet, la migration vers une version référencée n'est donc pas qu'une question de conformité : c'est aussi une question d'argent, dans les deux sens. Bien menée, elle sécurise votre rémunération liée à l'usage numérique. Mal préparée, elle peut interrompre une journée, casser une habitude, et faire perdre des indicateurs. Voici les vérifications techniques à faire avant de basculer, et où s'arrête mon rôle.
Ce que cela veut dire dans le quotidien du cabinet
En pratique, une migration Ségur, c'est votre éditeur qui vous propose une nouvelle version, ou un changement d'outil, intégrant les couloirs du Ségur. Concrètement, cela veut dire que votre logiciel doit savoir qualifier l'INS de vos patients, alimenter leur DMP, envoyer et recevoir des messages via MSSanté, et produire des prescriptions au format numérique.
Le sujet n'est pas abstrait : chacune de ces briques touche des gestes que vous faites chaque jour. Qualifier l'INS suppose que l'identité du patient soit vérifiée selon les règles nationales. Alimenter le DMP suppose que vos comptes rendus partent au bon endroit. Utiliser MSSanté suppose que votre boîte aux lettres de santé soit correctement configurée et rattachée à l'annuaire national. Si un maillon est mal réglé au moment de la bascule, ce n'est pas seulement un indicateur qui manque : c'est un geste quotidien qui coince.
C'est pourquoi une migration se prépare comme une opération, avec un avant, un pendant et un après. On vérifie que les services répondent, on teste sur un échantillon, on garde une porte de sortie, et on ne bascule pas un jour de forte activité.
Ce qui déraille dans une migration mal préparée
Trois risques reviennent quand une migration Ségur se fait sans préparation technique.
- L'indisponibilité le jour de la bascule : une migration lancée un matin chargé qui bloque la télétransmission ou l'accès aux dossiers pendant que les patients attendent.
- La rupture d'un service : une boîte MSSanté mal reconfigurée, une qualification INS qui échoue, un DMP qui n'est plus alimenté, sans que personne ne s'en aperçoive tout de suite.
- La perte d'indicateurs, donc de rémunération : des usages qui ne remontent plus correctement, avec un effet direct sur la dotation numérique, alors même que vous continuez à travailler.
Ces risques ne relèvent pas de la médecine. Ils se vérifient et se préviennent techniquement, en amont.
Le lien entre conformité et argent, dit sans détour
Recadrons le sujet en termes concrets. Depuis 2026, la dotation numérique (Donum) rémunère l'usage effectif des services du Ségur, sur des indicateurs définis par l'Assurance Maladie. Utiliser un logiciel référencé en est l'un des prérequis techniques ; le versement, lui, dépend ensuite des indicateurs applicables à votre profession et des usages réellement constatés. Autrement dit, la conformité n'est pas qu'une contrainte qui coûte : c'est aussi le canal par lequel une part de votre rémunération transite.
Mais cette rémunération dépend d'usages réels, mesurés. Alimenter le DMP, échanger par MSSanté, prescrire au format numérique : ce sont des gestes qui doivent fonctionner au quotidien, pas seulement le jour de l'installation. Une migration réussie, c'est donc une migration où ces usages tournent le lendemain comme la veille, sans friction ajoutée. C'est cet objectif, très concret, qui guide les vérifications ci-dessous.
Une grille pour préparer votre migration
Ces questions n'exigent aucune compétence technique. Elles se posent avant la bascule.
- Votre nouvelle version ou votre nouvel outil est-il bien référencé Ségur pour votre profession ?
- La qualification de l'INS de vos patients a-t-elle été testée sur un échantillon avant la bascule générale ?
- Votre boîte MSSanté est-elle correctement configurée et visible dans l'annuaire national après migration ?
- L'alimentation du DMP a-t-elle été vérifiée avec un compte rendu test qui arrive bien à destination ?
- L'e-prescription fonctionne-t-elle sur un cas réel avant de généraliser ?
- La bascule est-elle programmée sur un créneau calme, avec une porte de sortie si un service ne répond pas ?
- Après migration, quelqu'un vérifie-t-il que les usages remontent, pour éviter une perte d'indicateurs silencieuse ?
Où s'arrête mon rôle, où commence le vôtre
La ligne est nette. Côté technique : je prépare la bascule, je teste les couloirs Ségur sur un échantillon, je vérifie que la boîte MSSanté, le DMP, l'INS et l'e-prescription répondent, je choisis un créneau qui n'immobilise pas le cabinet, je garde une porte de sortie, et je contrôle après coup que les usages remontent. Ce qui reste à vous : l'identitovigilance clinique, la validation médicale d'un compte rendu qui part au DMP, l'interprétation des règles conventionnelles de la dotation numérique et la relation avec l'Assurance Maladie. Je fournis le socle technique fiable ; l'usage médical est le vôtre.
Ce qu'une migration bien préparée vous fait gagner
Recadrée sans jargon, cela se traduit en trois termes.
Du temps : une bascule testée se passe sans journée perdue, sans file d'attente ni patients renvoyés.
De l'argent : des usages qui tournent dès le lendemain, ce sont des indicateurs qui remontent et une dotation numérique sécurisée. La conformité, ici, protège une recette, elle ne fait pas que coûter.
De la sérénité : vous savez que les services répondent, et vous ne découvrez pas un DMP muet trois mois plus tard.
Sur l'hébergement, un mot en fin de parcours : au moment de choisir ou de faire évoluer votre outil, vérifiez séparément la certification HDS du prestataire, la localisation contractuelle des données et vos conditions de réversibilité, sans réduire la question au seul label HDS. C'est un critère utile à ce stade, pas un préalable.
Par où commencer
Commencez par un plan de bascule assorti d'une vérification post-migration : je teste les couloirs Ségur sur quelques cas réels, je fixe un créneau et une porte de sortie, puis, une fois basculé, je contrôle qu'un compte rendu alimente le DMP, qu'un message MSSanté part et arrive, et qu'une prescription numérique passe. Vous recevez le compte rendu de ces vérifications, et vous migrez sans pari.
Questions fréquentes
Suis-je obligé de migrer vers un logiciel référencé Ségur ?
Le référencement conditionne la reconnaissance de vos usages numériques et donc une part de la dotation numérique. Ce n'est pas une obligation abstraite : c'est le canal par lequel cette rémunération est reconnue. La décision et son calendrier vous appartiennent, et se préparent techniquement.
La migration va-t-elle interrompre mon activité ?
Elle ne devrait pas, si elle est préparée et programmée sur un créneau calme avec une porte de sortie. D'expérience, je recommande d'éviter de basculer un jour de forte affluence et de tester les services sur un échantillon avant de généraliser.
Qui gère ma boîte MSSanté au moment de la migration ?
La configuration technique et le rattachement à l'annuaire national relèvent de la préparation informatique. Le bon usage de la messagerie, ce que vous envoyez et à qui, reste votre décision de praticien, dans le respect du secret médical.
Comment savoir si mes usages remontent bien après la bascule ?
En vérifiant, après migration, qu'un compte rendu test alimente le DMP, qu'un message MSSanté part et arrive, qu'une prescription numérique passe. Ce contrôle post-bascule évite de découvrir tardivement une perte d'indicateurs, et donc de rémunération.
Sources
- Agence du numérique en santé, Le Ségur du numérique en santé pour les médecins de ville (INS, DMP, MSS, e-prescription, appli Carte Vitale).
- Agence du numérique en santé, Référencement Ségur des logiciels (exigences et couloirs).
- Assurance Maladie, La dotation numérique à compter du 1er janvier 2026 (indicateurs d'usage, logiciel référencé Ségur).
- Agence du numérique en santé, MSSanté (annuaire national, espace de confiance).