Le calendrier fiscal de la DGFiP fixe des dates qui ne s'ajustent pas à votre disponibilité informatique. Pour les exercices clos au 31 décembre 2025, les liasses fiscales sont à télétransmettre au plus tard le 20 mai 2026 en EDI-TDFC, la campagne ayant ouvert le 1er avril 2026. Les télédéclarants bénéficient d'un délai supplémentaire de quinze jours au titre de l'article 1683 bis du code général des impôts, mais ce délai déplace la date limite, il ne rend pas votre chaîne technique plus solide le jour du dépôt.
Cette chaîne peut se rompre. En décembre 2023, l'hébergeur Coaxis a été touché par un rançongiciel : des cabinets utilisant les solutions ACD et RCA ont perdu, plusieurs jours durant, l'accès à leurs données hébergées en SaaS et à leur messagerie, avec des déclarations de TVA et des DSN retardées. Coaxis a indiqué le 14 décembre que la confidentialité des données de ses clients avait été préservée. Ce qu'il faut en retenir n'est donc pas une fuite, c'est une indisponibilité : le jour où l'outil ne répond plus, l'échéance, elle, continue de courir.
Cette indisponibilité n'a rien d'exceptionnel. Parmi les entreprises ayant déclaré un incident de sécurité en 2025 :
- 29 %déclarent une interruption d'activité
- 22 %déclarent un vol de données
L'incident Coaxis en est une illustration sectorielle : l'arrêt, plus encore que la fuite, est ce qui touche un cabinet en pleine campagne.
Ce que cela veut dire dans le quotidien du cabinet
En pratique, une partie de votre production passe par des maillons dont vous ne maîtrisez pas seul la disponibilité. Votre logiciel de production, qu'il s'agisse de Cegid Loop, ACD, MyUnisoft, Sage, Pennylane ou Cegid Quadra, héberge les dossiers et prépare les déclarations. La télétransmission passe par un partenaire EDI-TDFC agréé, souvent par le même éditeur ou par un hébergeur tiers. Le portail par lequel vos clients déposent leurs pièces ajoute encore un maillon. Le jour où vous devez déposer une liasse dont le délai expire, la chaîne qui va de votre poste jusqu'à la DGFiP doit tenir de bout en bout.
Or cette chaîne comporte plusieurs points de rupture possibles : votre poste, la connexion du bureau, l'accès distant si vous n'êtes pas sur place, le logiciel de production, l'hébergeur qui le fait tourner, puis la plateforme de télétransmission. Une panne, ce n'est pas forcément un rançongiciel : une box qui ne rétablit pas la ligne, une coupure chez l'hébergeur, une mise à jour qui bloque le logiciel un matin de mai. Chacun de ces incidents peut, à lui seul, vous empêcher de produire ou de transmettre au pire moment.
Et la difficulté n'est pas seulement de transmettre. C'est aussi de continuer à travailler : ouvrir un dossier, retrouver une balance, préparer une déclaration pendant que l'incident dure. Une panne qui vous coupe l'accès à vos propres dossiers vous met en difficulté même quand aucune échéance n'expire ce jour-là.
Ce qui peut rompre entre votre poste et la DGFiP
Trois risques reviennent quand la continuité d'un cabinet n'est préparée par personne.
- L'indisponibilité au mauvais moment : ne plus pouvoir produire ou transmettre le jour où le délai expire, ou ne plus pouvoir ouvrir un dossier au moment où vous en avez besoin.
- La perte d'accès aux dossiers : quand tout dépend d'un seul hébergeur ou d'un seul poste, l'incident sur ce maillon vous prive de la matière même du travail, pas seulement du canal de dépôt.
- La perte de traçabilité de l'indisponibilité : ne pas pouvoir montrer que le service était bien coupé, à quelle heure, et pendant combien de temps. C'est précisément ce qui documente un incident face à un client ou face à l'administration.
Ce troisième point est le plus souvent négligé. En cas de retard, un client ou l'administration peut vous demander ce qui s'est passé. Une capture d'écran d'erreur, un horodatage, un ticket ouvert chez l'hébergeur, un courriel de son support : ce sont des éléments techniques, et c'est là qu'un travail de préparation en amont fait la différence entre un incident subi et un incident documenté.
Anticiper la campagne plutôt que la subir
D'expérience, je recommande de traiter la continuité à froid, avant l'ouverture de la campagne, plutôt que de l'affronter un jour d'échéance. La différence tient à trois choses simples préparées en amont : une sauvegarde fraîche et vérifiée de vos données, un accès de secours capable d'ouvrir les dossiers et de transmettre depuis un autre poste ou depuis chez vous, et un contact prestataire identifié dont vous connaissez le délai d'intervention.
Le jour de l'incident, ces trois éléments changent tout. Sans eux, vous improvisez sous pression, en pleine période où votre plan de charge est déjà tendu. Avec eux, un incident se règle en repli, pas en panique.
Une grille pour vérifier votre continuité
Ces questions n'exigent aucune compétence technique. Leurs réponses disent où vous en êtes, sans qu'il soit besoin d'attendre le jour de l'incident pour le découvrir.
- Si votre bureau est coupé aujourd'hui, pouvez-vous ouvrir un dossier et transmettre une déclaration depuis un autre poste ou depuis chez vous ?
- Une restauration de votre base de production a-t-elle déjà été testée cette année, et savez-vous en combien de temps elle revient ?
- Sauriez-vous, en cas d'incident, conserver une preuve datée de l'indisponibilité et de l'heure à laquelle elle a commencé ?
- Savez-vous qui appeler en cas de panne, et en combien de temps cette personne peut intervenir ?
- Vos dossiers restent-ils accessibles si votre hébergeur ou votre logiciel de production est indisponible une journée ?
- La chaîne de télétransmission EDI-TDFC a-t-elle un point unique dont dépend l'ensemble de vos dépôts ?
- Une coupure de connexion vous laisse-t-elle un canal de repli, par exemple un partage réseau mobile ?
Où s'arrête mon rôle, où commence le vôtre
C'est une limite que je tiens à poser clairement, parce qu'elle vous protège. Je mets en place et j'exploite les moyens techniques : la redondance de la chaîne, l'accès distant, la sauvegarde testée, la journalisation qui permet d'horodater et de documenter une indisponibilité. En cas d'incident, je vous fournis vite et proprement les éléments techniques : ce qui est tombé, à quelle heure, ce qui a été tenté, et les preuves associées.
Ce que je ne fais pas, et ne dois pas faire : décider de la position à tenir face à un client dont la déclaration a pris du retard, arbitrer une option comptable ou fiscale, apprécier les conséquences d'un dépôt tardif au regard de votre responsabilité professionnelle. Cette appréciation relève de votre métier d'expert-comptable. Mon travail est de vous donner les éléments pour décider, pas de décider à votre place.
Ce que la continuité vous fait gagner
Recadrée sans jargon, la continuité se traduit en trois termes que vous connaissez.
Du temps, d'abord : un incident préparé se règle en repli. L'accès de secours et la sauvegarde vérifiée sont là quand il faut, et vous n'improvisez pas un jour d'échéance, en pleine campagne.
De l'argent, ensuite : une échéance manquée n'est pas seulement un désagrément, elle peut mobiliser du temps de rattrapage, exposer votre client à des pénalités et abîmer une relation. Le coût d'une préparation raisonnable reste sans commune mesure avec celui d'une campagne compromise.
De la responsabilité, enfin : documenter une indisponibilité, c'est vous donner les moyens d'expliquer, preuves à l'appui, ce qui s'est passé. Vous restez maître de la décision professionnelle, mais vous la prenez avec des éléments solides plutôt qu'avec des souvenirs.
Par où commencer
Commencez par une matrice de continuité : je cartographie la chaîne qui va de votre poste à l'hébergeur et à la télétransmission, et j'y note, maillon par maillon, ce dont il dépend, ce qui se passe s'il tombe et le repli disponible. Vous recevez ce document avant la prochaine campagne, avec les maillons sans plan B et les corrections prioritaires. C'est concret, et vous en tirez une décision, pas une inquiétude.
Questions fréquentes
Une panne me dispense-t-elle du respect de l'échéance fiscale ?
Non, pas automatiquement. Le calendrier de dépôt s'applique, et l'appréciation d'un éventuel retard et de ses conséquences relève de votre métier et de votre relation avec l'administration et le client. Mon rôle se limite à réduire le risque d'indisponibilité et à documenter l'incident s'il survient.
Faut-il un second poste dédié rien que pour ça ?
Pas nécessairement un poste dédié inutilisé. D'expérience, je recommande plutôt qu'un second moyen d'accès existe et soit vérifié : un autre poste, un accès distant fonctionnel, une sauvegarde à jour ailleurs que sur la seule machine habituelle. L'objectif est qu'un incident sur un maillon ne vous laisse pas sans issue.
Comment prouver que le service était bien indisponible ?
Par des éléments datés : captures des messages d'erreur, journaux de connexion, tickets ouverts auprès de l'hébergeur ou du support de votre éditeur. Ces éléments se préparent en amont, en s'assurant qu'ils sont bien produits et conservés, plutôt que reconstitués après coup.
Mon logiciel est hébergé en SaaS chez l'éditeur, suis-je à l'abri ?
L'hébergement mutualisé apporte des garanties, mais il déplace la dépendance, il ne la supprime pas, comme l'a montré l'incident Coaxis de décembre 2023. La bonne question est de savoir ce que vous pouvez faire, de votre côté, si ce service est indisponible une journée en pleine campagne.
Sources
- DGFiP, Espace professionnels et calendrier des échéances (EDI-TDFC, campagne 2026).
- Légifrance, Article 1683 bis du code général des impôts (délai supplémentaire accordé aux télédéclarants).
- Compta-online, Coaxis victime d'une attaque par rançongiciel (indisponibilité de décembre 2023).
- Cybermalveillance.gouv.fr, Rançongiciels : que faire ? (fiche réflexe).
- Sondage OpinionWay pour Cybermalveillance.gouv.fr, Maturité cyber des TPE-PME 2025 (entreprises victimes) : 29 % déclarent une interruption d'activité, 22 % un vol de données.
- CNIL, Notifier une violation de données personnelles.